mercredi, juillet 17, 2019

Avignon – jour 12 – rien que la vie courante et l'Orestie

Déjeuner très tôt à l'heure où j'envisage de faire de la cuisine et départ vers ma bonne place au premier rang du gymnase de Lycée Saint Joseph
espérant être à la hauteur pour que rien ne s'oppose à la réception, que j'espérais belle et bonne, d'un des spectacles les plus attendus par moi, le retour à des bases aimées et qui furent presque familières il y a longtemps avec Eschyle, à travers Peter Sein cette fois, avec Jean-Pierre Vincent, avec Chartreux pour la traduction et la dramaturgie (avec Hugo Soubise-Tabakov) et les jeunes talents du Groupe 44 de l'Ecole du TN de Strasbourg, pour, en cinq heures – un peu davantage en fait –, y compris les entractes, les trois pièces de l'Orestie.
Un texte-monde. Notre source, notre origine, théâtrale et politique, notre repère « au moment du danger » comme aime à la définir Jean-Pierre Vincent...
une entreprise théâtrale de trois années. Un chantier au long cours pour comprendre et sentir une fresque qui n'a jamais autant d'écho que quand le vent de l'histoire y souffle, une aventure de vie pour ces douze élèves comédiens et douze élèves en régie, scénographie, costumes, dramaturgie... qui s'approprient les mots de Eschyle et modèlent Agamemnon, Les Choéphores et Les Euménides. Pas de  pensée de l'avenir pour les humains sans cette mémoire. Écoutons donc la jeune génération nous dire ce libre et moderne poème.
Le récit, le débat, la guerre, avec la première des pièces Agamemnon tout au moins toute la première partie avec ce choeur de vieillards (j'ai lorgné sur les cannes de bois simple avec leur bonne anse qui donne bonne prise, bon mais ce n'est pas l'essentiel, avant qu'arrive un Agamemnon à épaulettes et ceinturon et que pour la première fois on voit la future victime – ce que bien sûr ignorons – grimper vers la porte de bronze, la franchir vers un espace, le palais qui nous est interdit où tout ou presque se passe, dont nous devinons simplement que l'entrée est suivie immédiatement (bien naturellement puisque sur la scène c'est un tréteau) par une descente on ne sait où – une très digne reine qui attend, une Clytemnestre enjôleuse, une Cassandre abattue puis possédée, en général une violence feutrée, le déclenchement
un entracte thé pour moi
de pièces en pièces les rôles changent de titulaire, et la Clytemnestre sacrifiée dans les Choéphores, qui a troqué la dignité hypocrite pour un plaidoyer horrifié était dans la première pièce, tout comme Electre, une servante... l'Oreste enfant perdu avant de devenir un bourreau sanglant (qui a une vague ressemblance avec un Poutine) laissera la place dans la dernière pièce à celui qui joue pour le moment Pylade.. Une grande violence dans la seconde partie, un étalage de sang, après les scènes émouvantes du début entre Electre et les prisonnières troyennes, et cette constante : un très beau jeu de tous les acteurs, d'autant plus sensible que, comme il se doit, les protagonistes, sans se figer, laissent toute la place, se font soutien de celui qui a la parole et qui agit (bon je dis ça très mal, juste c'est vivant, actuel, sans jamais perdre de vue les règles de la tragédie antique)
un deuxième entracte (café pour moi)
et les Euménides avec des Erinyes terribles, un Apollon qui a un petit air avec son costume doré de présentateur de jeux télévisés, une Athéna aussi bellement déesse qu'éloquente etc.. et toujours cette traduction dont je vais chercher si elle a été éditée parce que j'aimerais beaucoup l'avoir – bien entendu tout ceci ne dit rien d'essentiel 

(sauf mon petit dépit de l'avoir autant aimé que je l'espérais en mai, autant aimé que le disent les articles dont celui de Brigitte Salino que je viens de lire pour constater , c'en est énervant, je me trouve une fois de plus en accord presque parfait avec elle https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/07/15/festival-d-avignon-l-orestie-au-tribunal-de-l-histoire_5489534_3246.html mais pour Apollon j'en tiens plus pour l'animateur que pour Macron, bien que ce dernier n'en soit pas loin, mais il lui manque la petite touche de second degré que garde l'acteur)
retour en flânant un peu, mini marché chez Carrefour pour avoir la paix demain et après demain
et une sonnette derrière moi, rue de la petite Fustrerie et que j'ai eu un petit échange-accord souriant avec une jeune femme qui était derrière moi dans le gymnase (les vélos comme je les aime)
Le petit programme de salle avec l'interview de Jean-Pierre Vincent bien plus intéressant que les petites impressions immédiates d'une petite vieille est repris par La Terrasse https://www.journal-laterrasse.fr/lorestie-deschyle-mis-en-scene-par-jean-pierre-vincent /

2 commentaires:

Claudine a dit…

ah vous donnez l'envie de les relire !
j'espère que vous trouverez la dite traduction

Brigetoun a dit…

si elle a été publiée