dimanche, août 04, 2019

Pour trois jours

Chance d'avoir mal calculé mon temps, d'être déposée avec une demi-heure d'avance devant une église à Meudon qui n'est pas celle où avait lieu l'enterrement, et d'avoir juste le temps de descendre retrouver l'assemblée, la famille, un peu perdue de vue ou familière... beauté d'un texte écrit par un fils, dit par un de ses frères, retrouver par delà les différences l'union tendre d'une fratrie, collation dans un jardin qui arrive sur quelques mètres carrées à unir confort et légère sauvagerie, comme un jardin de campagne parachuté au bas d'un petit immeuble qu'on oublie, échanges de tendresses, de tristesses parées de sourire, de pointes d'esprit sans blessures,
et puis dans la voiture de petite soeur et son mari rejoindre leur nouvel appartement au Pecq, plaisir de la voir dans cette ambiance qui lui convient mieux que le faubourg de Saint Germain en Laye dont la lente dégradation la faisait souffrir, trouver l'harmonie qu'ils savent créer, et, à ma grande confusion, au lieu d'une visite à Rueil, voir arriver (en voiture mais tout de même) la malade aimée portant son soin pour une petite heure de conversation animée à quatre, l'humour, l'animation qui se soutient, sans effort apparent, avec le déchirement du regard dans les pauses, et l'admiration pour elle…. 
Et puis sur le balcon, regardant de loin, sur le côté, la terrasse de Saint Germain, reprendre pour le 4 de l'atelier d'été de François Bon l'évocation, préparée en marchant le 30, commencée dans le train, d'une terrasse beaucoup plus petite et secrète du moins pour moi.
Le lendemain matin, puisqu'elle avait pris pour nous deux jours de vacances, monter en soeurs vers le marché de Saint Germain, parce que cela reste Sa ville et puisque le coin du Pecq où elle s'est installée est tout proche, bâti sur une partie de ce qui fut les deux dernières terrasses du parc d'origine. Avec le même plaisir, les plaisanteries avec commerçants, choix de fleurs, légumes etc... sa façon de créer avec ses moyens limités, une jolie fête sur son balcon pour un dîner d'amis...
Mais il m'a fallu tirer un peu sur mes jambes, en m'aspergeant parfois, pour suivre celles de mon beau frère soucieux de me faire découvrir sur le chemin du RER, la rampe des grottes, la montée vers le Pavillon Henri IV, le parc, la terrasse – elle je la connaissais déjà bien entendu – et suis désolée de l'avoir un peu déçu parce que ma très réelle admiration, mon plaisir intellectuel et visuel, étaient un rien cachés derrière mon essoufflement et ma recherche obstinée des parcelles d'ombre.
Avais un peu plus d'une heure d'avance --  tournicoter dans la gare, regarder avec absence deux enfants et un baby foot, savourer lentement un chocolat, et en perdre le bienfait en fumant les troisième et quatrième bouffées du jour, et puis trajet sans problème, sauf, en me levant, une chute en me prenant les pieds dans le fil oublié du téléphone de ma voisine, freinée ne sais comment (j'étais si crevée que n'ai pas su décrire exactement de quoi était fait ce moment de pagaille) – taxi, défaire sac, saluer cour, sortir pâtes et moules dé-coquillées pour préparer dîner, et en faisant lessive du petit linge voir soudain mon avant bras et l'énorme (vraiment énorme) bosse qui a fait doubler de volume sa partie haute, rire d'étonnement, et puis m'inquiéter, avoir mal mais pas tant, bouger doigts lentement et constater que c'est sans problème, plonger bras dans l'eau froide sans succès apparent, me dire je ne peux rester ainsi, je ne comprends pas, me dire aussi on ne va pas pour un rien aux urgences, téléphoner à Médecins sans frontière et sur le conseil de la secrétaire prendre mon second taxi vers leur siège au Pontet.... attendre un peu plus de deux heures pendant que mon bras augmente encore un peu, salué par les pronostics des attendants, avec un petit monde gentil, débraillé, plus ou moins souffrant, voir une doctoresse un peu effarée par la taille du truc, arrivant tout de même à force de le manier par me faire grimacer sérieusement et m'envoyant aux urgences – en me disant vous auriez du y aller tout de suite – avec une lettre... nouveau taxi (qui savait ce qui m'arrivait, nous n'avons pas de secrets, sourire), nouvelle attente, courtoisie efficace et rapide, et fraternité des patients à une exception près, radio, nouvelle attente dans une chambre avec une jeune grand mère qui finalement s'était fait une belle entorse et cassé un orteil grâce à la petite voiture mal rangée de son petit fils… 
et un peu avant quatre heures, alors que l'enflure commençait à nettement diminuer (là c'est ce qui reste ce matin, un peu moins de la moitié de ma plus belle extension) diagnostic, félicitation pour le réflexe eau froide qui a maintenu ce qu'il fallait de souplesse, et renvoi avec une ordonnance pour pommade et calmant (quatrième taxi, celui qui s'est fait attendre le plus longuement) vers l'antre où suis arrivée un peu après quatre heures, pour préparer dîner, l'avaler (ne pensais plus que : j'en ai marre - en gardant conscience de la médiocrité comique de mes ennuis -  et j'ai faim) et dormir.

Samedi tranquille, réveil tardif, pharmacien, (presque plus mal mais un besoin de cacher ce sacré bidule et de le voir se résorber même si très très lentement maintenant) quelques légumes, un salut à la rose qui n'est pas complètement morte, recopier mon texte pour l'atelier, le modifier, le relire ce soir, grimacer un peu et surtout le trouver trop court... attendre demain.

16 commentaires:

casabotha a dit…

j'aime assez la façon dont vous vivez votre vie

Brigetoun a dit…

plutôt :dont je veux tenter e vivre ma vie

Anonyme a dit…

Au fond tu as eu de la chance .. Et lhumour sauve le reste digne d'un texte pour François Bon Bravo oui !! ta vie est un roman AA

Brigetoun a dit…

Arlette, euh c'est beaucoup dire, un roman (heureusement)

Marie-Christine Grimard a dit…

Ravie de vous revoir en forme, bon dimanche chère Brigitte

jeandler a dit…

Une épopée moins longue que celle d'Ulysse mais pleine de rebondissements et d'aplatissements.
Courage et patience. D'ailleurs le courage n'est-il pas qu'une longue patience ?

Brigetoun a dit…

j"ai un bras qui a une drôle mais ample forme (sourire)

Godart a dit…

Impressionnante l'enflure de votre bras qui me fait penser à un mammifère marin. Soulagé que cette mésaventure n'empiète pas sur la verve de votre écriture. Bon dimanche à vous.

Dominique Hasselmann a dit…

Comme une traversée de... la manche.

Vous n'étiez pas "loin de Rueil"... :-)

Et bon rétablissement.

Brigetoun a dit…

entre autres, Pierre, le courage tranquille de ma malade aimée (finalement n'est ce pas ce qui fait la dignité humaine ?)

Brigetoun a dit…

Godart, et encore il a très fortement diminué…. se ralentit beaucoup maintenant le dégonflement, et c'est comme une petite vie annexe

Brigetoun a dit…

Dominique, oui mais honteusement soulagée que Rueil vienne à moi

Claudine a dit…

un grand merci à petite sœur pour le beau portrait sur la terrasse

Brigetoun a dit…

beaucoup de talents, petite soeur, qui restent cachés sauf pour ses proches

czottele a dit…

juste un petit coucou de sympathie...

Brigetoun a dit…

merci