et m’en suis allée, saluant au passage les tentes du marché italien qui doit ouvrir mercredi, vers Utopia et ce qui était mon but du jour,
arrivant juste à temps pour grimper en salle 3 et m’installer au premier rang quelques minutes avant le début du film, « les Eléphants dans la brume » précédé par l’annonce de la version restaurée de « l’Eclipse » que je ne verrai pas pour ne pas abîmer mon souvenir.
Sous la photo volée au site du cinéma je puise des passages de la présentation sur ce même film de ce film d’Abinash Bikram Shah (Népal 2026) qui a obtenu au dernier Festival de Cannes le Prix du Jury Un certain regard… passages qui rentrent à mon avis bien compte de ce que j’ai vu fascinée, étrangère, émue, interrogative, perdue parfois, et sous le charme de la photo, et de la bande son (le concerto des timbres de voix, des petits bruits du village, des murmures et hurlements, des bribes de musique)
La brume du titre de ce film magnifique ne cache pas seulement des pachydermes sauvages qui traversent les forêts du sud du Népal, elle enveloppe aussi toute une communauté, ses rites, ses secrets… Pour son premier long métrage, Abinash Bikram Shah nous plonge dans l’univers des kinnars, personnes transgenres reconnues par les traditions d’Asie du Sud depuis des lustres : vénérées autant que craintes pour leurs pouvoirs spirituels, pour leurs dons de bénédiction ou de malédiction, elles sont néanmoins encore largement rejetées par la société, qui les tolère à la marge de ses frontières, tout en prenant bien soin d’en verrouiller les échanges.
Ceci qui donne au film sa note thriller Tout va basculer lorsqu’Apsara, une des filles de Pirati, disparaît au cours d’une battue nocturne organisée pour éloigner les éléphants. Dans le village, personne ne semble vraiment pressé de retrouver cette jeune femme kinnar.
Les éléphants de cette brumeuse forêt, vénérés tant qu’ils se tiennent dans leur milieu, redoutés dès qu’ils s’approchent des cultures, des hommes et des plaines, composent un miroir troublant de la communauté kinnar : eux aussi sont sanctifiés et indésirables, admirés et chassés, admis tant qu’ils restent à leur place, tant qu’ils ne franchissent pas les limites tacites que la société leur impose, tant qu’ils ne viennent pas bousculer l’ordre établi.
Mais les personnages tant les villageois, policiers, que les kinnars (et surtout pas Pirati) ne sont des symboles Ces femmes vivent, s’aiment, se jalousent, se déchirent, se protègent. Leurs claquements de mains, loin de toute curiosité folklorique, deviennent tour à tour une langue de solidarité, de défi et de colère. Et le film navigue avec une liberté virtuose du drame social au polar, avec une pincée de conte mystique… Singulier, hypnotique, Les Éléphants dans la brume finit par brouiller les frontières qu’il s’attachait justement à questionner.
J’étais heureuse d’être enfin arrivée à le voir mais comme pendant le dernier quart d’heure carcasse se manifestait (une taquinerie de sa part, ça a cessé dès que suis arrivée dans l’antre) je sur sortie la première et suis revenue, allongeant le trajet malgré ces protestations (la pluie risque de me dissuader de trop marcher mercredi) par la rue des Escaliers Saint Anne, la rue Baastrerie, la rue des Marchands, la place de l’Horloge etc…










Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire