lundi, novembre 10, 2014

des petits riens

sentir grandir en moi une tentation d'être en retrait,
regarder, entendre le monde, voir le grotesque de tout, juger inutile de heurter mais ce rire qui monte, plein de dérision et de larmes
une envie de donner un coup de pied dans l'échelle
il serait temps de travailler à me faire, ou de continuer cette tâche sans fin devant laquelle suis si désarmée
et en attendant de me couper d'internet
de me cantonner au repassage (grimace), à la main tremblante et obstinée pour que le fil passe dans le chas de l'aiguille et tenter de freiner les points trop grands
mettre musique, vaquer, penser,
et revenir un peu, pour quelques jours je crois, en délectation, réflexion, agacement, admiration, désaccord, à la correspondance du vieil ermite suisse comme il se présente avec coquetterie, Monsieur de Voltaire, son indépendance construite, son insolence mesurée (et son paternalisme)
et puis lâchement, le soir venu, prendre idées qui passent et les mettre sur Paumée, l'habitude est une longue dérive
il a plu
reprendre ces petites bouffées du temps passé qui me venaient
Il y a environ soixante-cinq ans
le recteur tout rond parlant de nos premières confessions
et de l'enfant trop connu de moi qui avait fait pipi.
Il y a environ soixante-quatre ans
mon merveilleux grand père, et le jeune oncle mort si beau si peu connu ne sont plus la guerre d'Indochine
des lettres sur les murs de Toulon – je demande «c'est qui Maman Henri Martin ?»
et j'irai bien plus tard chercher plus loin que la réponse désapprobatrice.
Il y a soixante ans environ
le toit du blockhaus sous les pins
la poussière de sable gris
un livre, ma main qui gratte
la résine sous mes ongles.
Il y a quarante cinq ans je crois
tes mains, le poêle, ta barbe
et l'épagneul dans la neige
il y a quarante cinq ans
dans la chaleur de l'abri, voir
le pré, le soleil, la neige.

10 commentaires:

jeandler a dit…

À grands pas, surfiler, en découdre, se piquer les doigts. De dé en aiguille, il n'y a qu'une seuil à franchir.

brigitte celerier a dit…

mon intense gratitude

arlettart a dit…

Te retrouve fortement dans cet article de Camille Laurens sur François Bon " Dire l'écarquillé" ( Titre de l'article monde de Vendredi7)
Dans tes petits riens qui chevauchent la vie

brigitte celerier a dit…

ouf !
pas digne !

marcopolette a dit…

Vous faites de chaque grimace du temps un poème, de chaque journée une merveille... MERCI!

brigitte celerier a dit…

merci à vous !

Danielle Carlès a dit…

c'est beau, très touchant (j'étais vraiment en retard de lecture, mais je reviens toujours)

brigitte celerier a dit…

merci

Christine Simon a dit…

"Mais c'est qui maman Henri Martin ?" Toute une affaire.

brigitte celerier a dit…

et j'avais eu une réponse que la vie m'a appris à corriger...