commentaires

désolée, Paumée se veut à l'abri, sauf quand un acte fait déborder le vase, des allusions à la politique ambiante.. et si je suis reconnaissante aux envies de commenter je vous demande de me pardonner de rétablir la modération

vendredi, décembre 12, 2008

jeudi matin pénible, nausées, crampes - on passe
sortie en début d'après-midi sous un ciel douloureux et dans un vent moyen mais froid, vers la pharmacie et le petit épicier. Et comme ce dernier n'était pas ouvert j'ai fait un tour à l'exposition des artisans d'art à la Chambre de commerce, où mon coeur a saigné en voyant les stands extérieurs balayés par la bise et sans un seul visiteur.
A l'intérieur le confort était moins spartiate, mais la clientèle tout aussi rare (nous devions être cinq dont deux acheteuses possibles. Comme mon mal-être me rendait muette pour une fois et que je ne pouvais même pas leur tenir compagnie (et ils tentaient des dialogues) j'ai fait un petit marché, parce que les pailles étaient gaies, les poteries d'un goût délicieusement mauvais (à vrai dire elles ne m'ont guère convaincu), le plateau de mosaïque tentant (il y en avait un très beau et moins banal dehors mais j'avais trop froid pour m'arrêter, la copie de meuble assez convaincante et le bois superbe, et que j'ai vraiment eu un coup de foudre pour le petit médailler. Et comme j'étais chargée (bon, même pas vrai) et l'épicier toujours fermé, suis rentrée sans la provision de produits d'entretien (ça c'est authentique).
comme de toute façon je devais payer le billet commandé, suis partie avec calmant et chandails en fin de journée vers le théâtre des halles pour "Le petit concert à Manivelle" une
pièce pour percussions et piano préparé, de Guigou Chenevier d’après l’Abécédaire du « Petit dictionnaire à manivelle » de Louis Calaferte
intentions de Guigou Chenevrier
"Le « Petit dictionnaire à manivelle» de Louis Calaferte est vif, d’une lucidité exemplaire et d’un humour cinglant. C’est un matériau musical idéal pour ouvrir l’imaginaire et laisser libre cours aux interprétations. Je compte l’utiliser comme une suspension (la corde du piano ?) ou comme une respiration (la corde du pendu ?)"



je pense que cela doit être très bien, mais je n'en saurai rien. Le spectacle commençait à 20 heures 30 et je devais me présenter à 20 heures - dans le noir glacé de la rue Dorée mes épaules, sous mon manteau, ma robe de lainage, mon col roulé étaient contractées à me faire mal - place Saint Didier je louvoyais contre le vent (et j'espère que les trois gars solides qui me répondaient dans une langue inconnue, et avec un air encore joyeux, ont trouvé un toit) - rue du roi René des feuilles de journaux me survolaient - et la grille du jardin Sainte Claire était fermée à 20 heures 10 - hésité à attendre, à essayer de contourner - et comme vraiment j'étais transie, m'en suis revenue. Rue Bonneterie des arbres de Noël devant les boutiques étaient couchés par terre, ce qui a failli m'arriver en débouchant sur le place de l'horloge.
Dégringolé la rue Saint Etienne, vent debout, et me suis installée devant un DVD de Simon Boccanegra avec Solti, Kiri Te Kanawa, Alexandre
Agache etc... et c'était une bonne consolation.

jeudi, décembre 11, 2008




Deux visages penchés sur moi

Deux voix qui parlent de transmission, de poids de l'héritage et de la fugacité des modes

La proposition de faire remonter, moderniser dit-elle, cette bague dont je suis le coeur.

Un refus, un goût du passé et de la mémoire.

Leur mémoire dérisoirement limitée à quatre générations et un siècle - posée sur toute ma mémoire.

Ma longue formation dont je n'ai plus souvenance dans les replis de la terre.

Et puis tous ces visages africains, flamands, lyonnais, au long de mon histoire et de mes voyages, grimaçant d'efforts ou d'attention, glacés dans leur réserve de négociants ou souriant de grâce tentatrice - toutes ces mains m'extrayant, me pesant, me prélevant dans un sac, me taillant, me polissant, me tenant dans la lumière, me rapprochant de tous ces petits fragments de mémoires qui me rejoignent sur un dessin, un projet.

Le plateau enfermé dans un placard de belle boiserie - la quiète boutique dans la presqu ile entre Rhône et Saône - la table devant la vitrine qui accueille la lumière - la succession des jeunes visages émerveillés et rosissant.

Le jeune couple et mes voyages avec la jeune femme de Pékin à Santiago, la femme de Lyon à Ceylan, Hanoï, la vieille femme dont le souvenir se fait idéal.

Le long oubli dans des écrins et cette résurrection.
Je ne pèserai pas, jeune fille.

Mon passé s'évapore - seule reste mon inébranlable beauté, pour que les humains y posent leurs sentiments ou intérêts généreux, amoureux ou ignobles, ou même leur indifférence.

Et je suis désolé, Brigetoun, mais je ne peux te proposer des récits de trésor enfoui et rêvé, de guerre ou de pirates, tout fut feutré dans mon histoire, délicieusement convenable, mesuré, avec toute la grâce confortable de l'argent silencieux de belle bourgeoisie.

dans une journée où ma machine et mon esprit avait opté pour l'énergie de la limace, une contribution minimaliste à l'exercice 32 d'écriture ludique "le silence des diamants" proposé par "Zazou/Indéfini/Z) http://www.ecritureludique.net/article-17285466.html
une photo de bague trouvée sur le net (je n'ai pas de diamant et ne les aime guère)

il soufflait dans nos rues un bon petit vent glacial mercredi soir, et j'ai renoncé à repartir dans la nuit à Saint Didier rendre encore hommage à Messiaen, et, cette fois, à sa mère, mais en allant faire quelques courses utilitaires j'ai salué mon gentil nouveau voisin, cordialement. Il est charmant, non ? en version jeune

mercredi, décembre 10, 2008

temps d'une mollesse qui semble, comme chaque fois, devoir être éternelle, et carcasse dolente.
Partie acheter du produit vaisselle (oublié), du café et des pastilles vichy, j'ai tourné dans la FNAC avec en poche une liste de livres qui bien entendu n'y étaient pas et en suis sortie plus d'une heure après av ec huit livres de poche, cinq DVD et de gros remords

regardé d'un oeil torve le portique toujours aussi laid qui s'ouvre sur le marché de Noël
l'ai contourné sur la gauche pout éviter la tentation des santonniers, et me suis consolée en volant par photo interposée un coin de la crèche de l'hôtel de ville.
après les pâtes, un journal, un café, une cigarette
nez dans "Poussière"
http://www.publie.net/tnc/spip.php?article37 (pour les premières pages, une présentation, trois extraits et un éventuel téléchargement une série de 80 photographies en noir et blanc de Josiane Suel, chacune provoquant un poème de Lucien Suel, et le dernier mot amène chaque fois, en rebondissant, mais la plupart du temps avec une torsion sur lui-même et son sens, la photo et le texte suivant.
comme, sous une façade de ciment, percée de façon irrégulière de hautes fenêtres aux volets entrebaillés ou fermés, et avec quelques draps ou étandage
"Le mur rayonne douloureusement ; dans la maison, les parquets dilatés grincent.
Le linge sèche et les habitants dévêtus suent dans la pénombre moite ;
les volets clos mais les fenêtres ouvertes, l’on entend la musique ;
une danseuse orientale tourne dans l’air tiède en comptant ses voiles. "
et sur la page suivante du linge sur un fil dans le vent et la lumière et
"
Voiles claquant dans le vent, la prairie navigue dans le premier soleil.
Sur la Marie-Céleste, torchons et chemises voyagent dans des cabines séparées.
Au pied du noyer, un canot de sauvetage, le panier à linge,
pourra transporter au sec les vêtements des fantômes menacés par la pluie."

et puis sombré (apirateur remis à ce matin) jusqu'au moment de me changer et de partir à l'opéra entendre le trio l'Archiduc de Beethoven et le quatuor pour la fin des temps de Messiaen par le trio Jérusalem et Nicolas Baldeyrou
peut être le plus beau concert entendu cette année.
Une formidale interprétation du trio -
avec le charme du premier mouvement, allegro moderato - l'entrelacement des trois instruments, le jeu des thèmes, tendre ou espiègle - et l'envie de chantonner
la vive attaque du violonclle pour le scherzo-allegro, la réponse du violon, l'arrivée du piano - et on danse sans bouger sur son siège - et puis l'énergie terrible, les retours de la danse etc...
le grand troisième mouvement (andante contabile ma pero con moto) - lente rêverie du piano, élégie des cordes, leur dialogue - la complexité - les passages de chansons chattoyantes - les mesures où le violon s'envole et plane sur le tissage des deux autres - l'attention ravie du public - l'impression que les musiciens recréent la musique en la jouant.
Le joyeux allegro moderato final.

pendant l'entracte quatre copains à cheveux blancs, décontractés, fins, sympathiques s'installent devant moi - dans une loge en face, au dessus, un discret éclairage, une jeune-femme derrière un énorme chevallet, en écoutant je la regarde danser sur des feuilles qu'elle renouvelle en suivant la musique, et je me suis demandé si elle était l'auteur des oeuvres sur papier inspirées par Messiaen et signées Lysey qui sont exposées en ce moment dans les escaliers et couloirs du théâtre.
Une belle interprétation du quatuor,
avec les trilles de la "liturgie de cristal" et les chants d'oiseaux qui arrivent avec la clarinette -
l'abstraction du piano et des cordes pour "la vocalise pour l'ange..." et l'arrivé de la clarinette ronde, orange
le formidable solo de la clarinette (l'un des plus beaux mouvements) intitulé "abîme des oiseaux " - le son qui nait en longues lignes - les interventions du chant - les lignes qui se dissolvent - les renaissances etc...
etc... la variété de chaque partie jusqu'au superbe huitième mouvement "louange à Jésus monté au ciel" la montée vers l'aigu du violon et son chant inouï soutenu par le piano ;

mardi, décembre 09, 2008

une rue,
me jambes, mes hanches, suivent son déroulement devant mes yeux, avec la montée de mon rythme, ma pulsion, une petite musique profonde.
Le mouvement entraîne le chant de mon sang, et mon crâne s'y baigne, et je salue la lumière qui danse avec moi sur la peau superbement malade du mur de l'église.
Sous cette alacrité, s'engourdit une petite douleur, et si elle me fait trébucher, l'épaule, le bras vont vers le mur pour un secours, en se déroulant largement, lentement, vers son appui, et il vient à moi.
Nous n'avons pas besoin d'un contact, juste d'un suspens, de cet air entre nous et de cette tension en retour.
Et si, pour d'éventuels regards il n'y a là qu'une étrangeté, cela ne compte pas, je suis dans ce jeu du corps et de la vie.
refuser pourtant, et je n'y arrive pas toujours, la tentation de la démonstration, de passer de la danse intérieure au mime, de l'accord à l'appel grotesque, d'une forme de bonheur à un échange honteux.
Devant ma porte, dans la montée du jour et de la lumière ou de l'absence où elle se cache, les os se déplient et chaque muscle s'étire, se hisse, entraînent mes bras dans un salut à la journée, lui rendent grâce.
Assise dans l'écoute, je laisse les mot ou la musique jouer vers moi, et je les accueille d'un mouvement invisible - les boire à travers un dos, un buste tendus sans raideur, par l'attention qui habite ma nuque, mon cou, monte vers mes yeux.

participation à l'heure des sablés et du miel aux impromptus littéraires http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/ sur le thème de la semaine : "danse ta vie" (j'ai considéré en bonne égocentrique que le tu me désignait)
(photo AFP/FREDRIK PERSSON)
grâce à François Bon j'avais sous les yeux le discours de Le Clézio en écoutant sa voix sur France Culture. Un petit regret en constatant qu'il semble avoir supprimé (question de temps ? ou distraction de ma part) ce beau passage, plus intime, peut-être moins généreusement ouvert sur le rôle de la littérature,
"La solitude est aimante aux écrivains, c’est dans sa compagnie qu’ils trouvent l’essence du bonheur. C’est un bonheur contradictoire, mélange de douleur et de délectation, un triomphe dérisoire, un mal sourd et omniprésent, à la manière d’une petite musique obsédante. L’écrivain est l’être qui cultive le mieux cette plante vénéneuse et nécessaire , qui ne croît que sur le sol de sa propre incapacité. Il voulait parler pour tous, pour tous les temps : le voilà, la voici dans sa chambre, devant le miroir trop blanc de la page vide, sous l’abat-jour qui distille une lumière secrète. Devant l’écran trop vif de son ordinateur, à écouter le bruit de ses doigts qui clic-claquent sur les touches. C’est cela, sa forêt. L’écrivain en connaît trop bien chaque sente. Si parfois quelque chose s’en échappe, comme un oiseau levé par un chien à l’aube c’est sous son regard éberlué – c’était au hasard, c’était malgré lui, malgré elle."
Mais il y avait tout le reste et la jeune conteuse de la forêt des Emberas, et les hommages, l'évocation des écrivains parlant de notre monde, et puis
"À l’enfant inconnu que j’ai rencontré un jour, au bord du fleuve Taira, dans la forêt du Darién. Dans la nuit, assis sur le plancher d’une boutique, éclairé par la flamme d’une lampe à kérosène, il lit un livre et écrit, penché en avant, sans prêter attention à ce qui l’entoure, sans se soucier de l’inconfort, du bruit, de la promiscuité, de la vie âpre et violente qui se déroule à côté de lui. Cet enfant assis en tailleur sur le plancher de cette boutique, au cœur de la forêt, en train de lire tout seul à la flamme de la lampe, n’est pas là par hasard. Il ressemble comme un frère à cet autre enfant dont je parle au commencement de ces pages, qui s’essaie à écrire avec un crayon de charpentier au verso des carnets de rationnement, dans les sombres années de l’après-guerre. Il nous rappelle les deux grandes urgences de l’histoire humaine, auxquelles nous sommes hélas loin d’avoir répondu. L’éradication de la faim, et l’alphabétisation. "

m'en suis allée dans la nuit fraîche vers l'École d'art pour une présentation, en prélude au prochain festival, par Joël Jouanneau (nous vieillissons bien) de son travail en cours, actuellement titré "sous l'oeil d'Oedipe", une traversée de la famille des Labdacides, écriture personnelle en explorant les versions parcellaires et divergentes d'Eschyle, Euripide (les Phéniciennes que je n'ai pas lu) et les trois pièces de Sophocle, avec des recours à Emily Dickinson, à l'Ismène de Ritsos etc...
L'amphithéâtre était comble et je me suis assise par terre, puis sur une chaise de jardin rajoutée, et j'entendais assez mal.
Oedipe sera Jacques Bonnafé, Cadmos incarnation de Thèbes Roland Bertin... Des passages du texte qui n'est pas définitif lus par Jouanneau et trois jeunes acteurs incarnant Etéocle, Ismène et une jeune fille que je prenais pour Antigone mais qui semble devoir remplir un peu le rôle d'intercesseur vers le public qui était celui du choeur (en gros).
des brides au début - un chemin, un banc, Oedipe lit un livre de Michon etc...
plus tard un bout de la troisième partie "les frères" avec une entrevue avant la bataille entre Polynice et Etéocle, provoquée par Ismène - j'ai aimé et peu à peu les tragiques et leur langue arrivent.
Et puis un récit de la bataille qui m'a un peu gêné par un ton un peu "Fanfan la Tulipe", assez en accord avec plusieurs idées de scénographie, mais qui se heurte au dialogue précédent. Une impression très personnelle, on verra ce que donnera la version définitive. Enfin je verrai peut-être, le choix étant encore ouvert comme lieu entre Châteaublanc (pas pour moi) et le gymnase Mistral.
Discussion sans excès de pesanteur, ni de futilité avec la salle. J'avais un peu mal et me suis éclipsée avant la partie verres en mains.

lundi, décembre 08, 2008

images flottantes, venues au fil du hasard - ou presque
journée sans extérieur - ma très exiguëe salle d'eau pleine d'odeurs, nature reconstituée - et on oublie la chimie inévitable - odeur de café, frissons et cheveux dégoulinant doucement.
Nez sur cy-book longues goulées de textes en cours de lecture - de Dominique Dussidour à Fred Griot, et deux pépites

chez Dominique Dussidour, dans "matériaux pour un roman" (mais il faut que je recommande la dernière édition sur http://www.publie.net/tnc/spip.php?article143 et il faut partir à la recherche, en dehors des livres publiés, des fragments sur remue-net http://remue.net/spip.php?mot27 ou Inventaire-invention http://www.inventaire-invention.com/index_auteurs/auteurs.htm ) ceci, un peu au hasard, parce que c'est à ce moment que j'ai éteint ma machine pour aller inventorier le réfrigérateur, et que les mots dansaient encore un peu dans ma tête
"Peut-être ce sont les choses qui disparaissent – pas elle.
Peut-être ce sont les choses qui vont et qui viennent autour sans qu’on comprenne pourquoi, les choses qui apparaissent et qui disparaissent autour sans qu’on en comprenne la raison – et elle, attachée à ces choses, elle croit que c’est elle qui apparaît et qui disparaît, parce que, quand les choses disparaissent – elle n’existe plus. Elle n’existe qu’autant que les choses apparaissent. Quand les choses disparaissent, elle disparaît aussi. Peut-être ce sont les gens, les êtres – comment les appeler ? Peut-être ce sont les gens, les êtres qui apparaissent et qui disparaissent, et elle, elle apparaît et elle disparaît comme eux.
Quand elle n’écrit pas, les choses fuient, les choses la fuient
..."
et c'est ainsi que je me suis perdue tant de fois pendant toutes ces années.
et puis, au coeur de l'après-midi, l'intensité de ce passage de "Visions" de Fred Griot, que je reprends peut-être parce que c'est son texte le plus aisé à aborder, celui en tout cas où je me promène pour faire éclater mes stupides lassitudes, même quand ce qui s'exprime est une tristesse profonde (http://www.publie.net/tnc/spip.php?article83 (pour premières pages, présentation, téléchargement comme d'habitude)
"TRAVAILLANT DANS MA CHAMBRE-ATELIER, le cœur palpitant lentement, je pensais, je sentais la vie couler très consciemment, couler malgré tout et je l'aimais cette vie-là, cette chose-là, don, don douloureux du ciel, du désir trouble de mes parents déchirés séparés retrouvés, embryon né à la lumière, né à la joie, à la douleur et parcourant encore toute cette vie-là en tous sens je la sentais passer, traverser là au travers de mon cœur, en travers de mon corps, au travers de mes amis, au travers de mes amantes, au travers de la pluie, de la douleur, des pavés gris mouillés et de la fin du jour, cette nuit, la nuit et le jour sur cette face, la face de mon amante, sur cette face de la terre où le jour se lève — aube et déchirement et lumière - sur sa belle courbe ronde et bleue. Et restant des heures à ma table, je préparais lentement mon départ."
et j'écoutais, ayant renoncé à sortir pour cela, France Musique pour le Didon et Énée donné par William Christie et les Arts Florissants à l'Opéra Comique, après un peu de Purcell, de Rameau de Tippett et, en complément de programme, splendide, le Canticle V de Britten chanté par Ian Bostridge, et sa Phèdre et la fin du sauvetage de Pénélope avec Janet Baker (en récitante pour Pénélope).

Assez merveilleux. et comme à la suite, nous avions droit à la soirée d'ouverture de la Scala avec Don Carlos, ma foi, je n'ai profité du ciel bleu qu'en brèves stations devant la porte fenêtre de ma cuisine, et, après avoir passé au faubert le carrelage, j'ai écouté, le nez dans le "traité de la tolérance » de Voltaire, mais en fait je n'écoutais plus.

dimanche, décembre 07, 2008

révolution ? qu'est-ce ?
tourner en rond avec notre terre bien-aimée ?
se laisser porter au fil du temps et des ans sur les longues houles de l'histoire ?
faire d'idées ou de liens un axe qui oriente notre place, notre action ?
se lover sur nos principes, les couver, les manier, les retourner, les affermir et exploser pour disséminer ?
s'enrouler sur un élan; jaillir comme une nuée de gouttelettes, regarder, se voir seuls ?
se regarder, regarder le monde, la décrépitude, brusquer un changement total, entier, profond, jusqu'au prochain sursaut ?
re-vouloir enfin, et rajeunir ?
Ouvrir un dictionnaire, rêver sur un mot.
petites lignes sans importance en nouvelle contribution à l'exercice 68 d'écriture ludique http://www.ecritureludique.net/article-25125126.html , pendant que le café et le soleil montaient.
une ferme m'attendait devant les Halles, et j'ai salué, en souvenir d'une amie, la fière petite chèvre qui s'isolait, dominait - et puis suis entrée acheter de la morue salée, de l'huile d'olive et du poisson, sans aucun à-propos.
me suis rattrapée en fin d'après-midi avec une paysannerie plus réelle, pour un temps encore, en regardant "la vie moderne" de Depardon - ces confins (1) où j'ai presque retrouvé, en juste un tout petit peu plus rude, mais pas plus isolé, un monde et ses habitants que j'ai effleurés un temps, il y a force années, à l'époque justement où j'ai fait amitié avec une chèvre, et moqué la stupidité des moutons quand je les rentrais, quand j'avais appris à dire, pour introduire le café et le verre de vin dans la cuisine "Chabatz d'entrar", puisque j'étais dans la maison où l'on entrait, terrain neutre mais accepté, où l'on recueillait les meubles et où avaient lieu des veillées auxquels tous participaient et qui se monnayaient aux notables de la ville.
La beauté extrême de ces paysages, les silences des taiseux et les conflits tus, l'angoisse de la fin, les bêtes, le métier qui demande non l'amour mais la passion, et la gentillesse de ces visages qui ont accepté d'être scrutés. Une dure beauté (même si elle n'est pas toujours évidente, elle est là puisque j'en étais touchée, profondément, assez pour avoir des réactions de proximité ou d'hostilité comme avec des connus). Et si vous le regardez, saluez de ma part Germaine Challaye.
(1) curiosité de l'aménagement du territoire, ou de la "vie moderne" qui fait qu'instinctivement j'ai pensé "confins" pour ces régions qui sont au centre, au coeur, du pays - parce que le cadre du film et celui de ces brefs séjours qui m'ont marquée, ce sont des endroits où il y a au commencement des routes - et le film montre d'étroites bandes sinueuses que nous suivons à la suite de la voiture et de la caméra - et au bout de ces routes étaient les fermes - et la beauté était moins affirmée, le vallonnement discret, les croupes noires ou bleues sous le ciel absentes, mais c'était celle des lieux où l'on a marché.

samedi, décembre 06, 2008

il faut avoir des principes, surtout dictés par un début de nécessité, pour pouvoir les enfreindre avec toute l'absurdité nécessaire. J'avais donc dit : aliments et surtout pas ventes privées (pour une vieille casanière isolée, la seule utilité étant de poser un problème de rangement).
Ce fut : réveil légèrement migraineux, oeil torve puis intéressé sur le reste de la provision de morue, découpage, pesage, désalage, et départ pour l'achat de courgettes et de coulis de tomates dans le quartier, en mettant, avec une distraction peut être pas réellement totale, dans la poche de mon manteau, appareil de photo et cartes de Ventilo et Cotélac
et comme, tout de même, dans la première des deux boutiques, trônait la souple robe large en laine bouillie brune que j'ai souvent saluée avec sympathie, suis entrée pour tester ma volonté. Et fière de moi j'ai résisté alors que j'étais si bien dedans. Si fière que je me suis récompensée par l'achat d'un tube de grande étroitesse en alpaga beige d'une douceur chaude, d'une finesse de rêve.
si fine, si étroite, que le moindre gramme pris me sera à reproche - de quoi vêtir les guerriers rencontrés (en la remontant un peu avec une ceinture pour permettre de passer des grands pas citadins à la souple et longue foulée d'un chasseur)
j’ai déchiré et jeté la carte Ventilo, salué la soie et le velours, et puis suis allée voir mon banquier et reprendre de très bonnes résolutions - avec le remords de penser aux extrêmes difficultés de tant de vieilles femmes, petite crainte en voyant la rapidité avec laquelle fondent mes réserves, et surtout honte d'avoir renoncé à faire mes cadeaux habituels, il est vrai nettement plus lourds)
bon pas grave, juste sot, et qui ne se justifie qu’en l’acceptant joyeusement - pâtes et coulis - endormie en écoutant le disque offert par la boutique (néo-rock-bop agréable) - repassage - lecture de journaux et je me désagrégeais, mon désarroi impuissant teinté par la trace de ma futilité.
en fin de journée, Fantasio au Chêne noir, en souvenir de l'adolescente qui avait une prédilection pour le désenchantement total du héros, au point que je ne suis pas certaine que la scène avec Spark n'est pas à l'origine de mon désir d'avoir enfin le droit de fumer et de m'identifier à ce plaisir. Des récréations dans la salle de classe de Saint Do en regardant le Faron ou les buissons et en rêvant au royaume de Bavière, un peu agacée par la princesse que je méprisais un peu comme une petite chipie.
En fait (voir http://www.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_id=604 et http://www.chenenoir.fr/article103.html ) la pièce est traitée comme une farce, très farce, burlesque, avec d'assez réjouissantes (et les adultes devant moi joignaient leurs grands rires ravis aux petits rires des ados qui m'entouraient et appréciaient la princesse et son narguilé) périodes où Fantasio se muait en chansonnier de notre régime actuel avec une jolie pertinence. Tout de même, j'ai peur que le succès ne les aient amenés à un plaisir de jouer qui fait basculer un peu le délicat équilibre entre ce gros comique et le romantisme des mots et caractères, équilibre obtenu à l'aide de petites touches oniriques avec un clown blanc intercesseur (le bouffon mort), et la fin m'a semblée un peu longue, alourdie. Curieuse de voir ce que donne le Fantasio de la Comédie Française.


vendredi, décembre 05, 2008

révolutions impossibles

notre monde s'enfonce et les inégalités ne s'améliorent guère - se contentent de se déplacer légèrement à l'intérieur des pays - des petites éruptions sont tolérées - mais soyons bien quiets, nous ne les subirons qu'épisodiquement, et seront sauvés - au nom de quel privilège de naissance ?

mon pays me fait peine, comme m'ont navrée les jeunes hommes déjà résignés à leur absence d'avenir que j'ai rencontrés, et qui, est-ce une chance, ne semblaient pas en être conscients, se contentant de rêves timides - nous actualisons maussadement mais résolument la soumission volontaire - des groupes ou petits partis nous permettent de jouissives éruptions pour éviter les émeutes que seuls ébauchent ceux dont nous prétendons nous soucier, et nous déplorons leurs conséquences, au nom de la raison, de la conscience politique qui est notre privilège.

Brigetoun m'a parue totalement sans intérêt en me réveillant ces matins ci, et n'en voyais plus, vaguement, que ses défauts auxquels je suis habituée - me suis révoltée contre ce elle que je suis, l'ai mise entre parenthèse, dans le vide. Même là, n'en suis pas venue à la révolution.

exercice n° 68 (révolution) proposé par Michel http://www.ecritureludique.net/article-25125126.htm l, et détourné une fois encore à ma courte honte (quoique) - et une version abîmée d'un tableau vu et aimé, sans que j'en connaisse l'auteur, pour m'y enfoncer à presque grands pas, mes bottes prenant possession de cette terre imaginaire, et l'air était plein de jeunesse et l'étendue ouverte devant moi.

bon, mais ne sais comment cela m'a ramenée sur ma place (le sapin est moins ridiculement disproportionné cette année, mais je préfère mes vieux copains, même le moins glorieux, celui qui s'emmitoufle - suis rentrée dans mon antre, suis rentrée dans la vie, avec un petit détour chez Michaux
«
En combien d’autres sociétés, d’autres climats, d’autres époque aurais-tu pareillement été un râté ? Question à te poser.
Cela fait peur, mais peut guérir de beaucoup d’autosatisfaction injustifiée.
Et ne mentionnons pas les tribus. Là, « pas de repêchage ». Elles ne t’auraient pas laissé vivre ».
Et me suis installée devant les débâts à l’assemblée pour m’indigner un bon peu.
Aujourd’hui me faut partir en quête de pitance, en oubliant soigneusement les invitations aux ventes privées. (hors de mes moyens et de mes besoins)

mercredi, décembre 03, 2008

après mon jargon inutilement compliqué et incompréhensible de lundi, petite incursion en dînant et dans la nuit chez Cervantès avec, comme souvent, l'entrée dans le tome II, ou comment ne jamais tomber dans l'amphigouri, en en frôlant le risque avec malice, raison et ferme construction.
"Cette imagination me troublait et me donnait grand désir de connaître en toute vérité la vie et les miracles de notre fameux Epagnol don Quichotte de la Manche, lumière et espoir de la chevalerie manchoise, et le premier qui, de notre âge et en ces temps calamiteux, ait embrassé la profession des armes errantes, qui ait entrepris de défaire les torts, de secourir les veuves, de protéger les demoiselles qui s'en allaient, avec leurs cravaches et leurs palefrois et leur virginité en croupe, par monts et par vaux ; tant et si bien que si quelque fripon, quelque vilain, la hache au poing et le mortier en tête, ou quelque demeuré géant ne leur faisait violence, il s'est trouvé telle de ces demoiselles, dans les temps passés, qui, au bout de quatre-vingt ans, durant lesquels elle n'avait pas couché une nuit sous un toit, s'en es t allée à la sépulture aussi vierge que la mère qui l'avait mise au monde..."
et j'ai refait avec l'auteur, feint éditeur, la découverte des feuilles de l'"Histoire de don Quichotte de la Manche, écrite par Cide Hamete Benengeli, historien arabe", la recherche d'un maurisque pour les traduire, et la reprise de ladite histoire, avec, après la bataille, le plaisir de ces chapitres où le récit chevaleresque se transforme en roman précieux, avec la nuit chez les chevriers et l'enterrement de Chrysostome, le mort d'amour.

mardi, décembre 02, 2008

Aujourd'hui ma mère est morte - ou elle devrait l'être.
Je me prépare, en musant, boudant d'ennui léger, sans excès affiché dans la banalité, juste en suivant le fil de la vacuité de ma vie en ce château que m'avait assigné comme demeure, pour me protéger disait-il, son époux, son nouvel époux, lui dont nous avons appris, au début de l'avent, la maladie et le décès - oui, avec un soin prudemment caché, je me prépare à faire montre d'une surprise extrême lorsque la nouvelle nous viendra (je tente de m'empêcher de guetter la petite effervescence qui va accompagner l'arrivée du messager), une surprise légèrement douloureuse, et puis, peu à peu, à me permettre de laisser voir le cheminement en moi de la découverte de ce que cela signifie, un petit ébrouement de liberté, la lente arrivée du sentiment de ma nouvelle dignité, peut-être un soupçon de raidissement, juste un soupçon, pour que dure un peu dans les coeurs des servants, des soldats, de mes compagnes, la conscience de ma fragilité.
Et comme le regard de Messire Guilhem sera sur moi, je veux m'éviter ses conseils muets, le poids de sa maîtrise.
Aujourd'hui ma mère doit être morte. Quand il m'a rendu ma bague, après l'avoir, je crois, montrée à ses hommes - je ne dois ni ne veux entrer dans les détails - dans l'enclos où je jouais avec mes doux amis, ces petites biches et leurs faons qu'il a fait rapter dans la forêt pour mon plaisir - me séduire comme je les apprivoise - je l'ai remercié avec la gracieuse réserve que je me dois ; dans un murmure j'ai osé : "quand", et en nourrissant les bêtes, en caressant leurs museaux, il a répondu : "dans trois jours".
Aujourd'hui ma mère est morte. Un homme d'armes, genou en terre, m'a remis une missive du chambellan. Messire Guilhem était debout derrière moi ; il a esquissé avec une ostensible sollicitude un geste de caresse, qu'il a interrompu non moins ostensiblement, et dans le groupe de cavaliers qui entouraient le messager, et que je fixais de mes yeux embués, il y avait le corps trapu, les boucles, les grandes mains d'un garçon, le souvenir naissant de jeux dans notre belle enfance, et furtivement un sourire d'une grande bouche.
Tous les habitants du château, nobles, petites gens libres et serfs, ont défilé pour pleurer mon deuil et me rendre hommage, et Guilhem, le dernier, en se relevant a évoqué ces noces que disait-il nous nous étions promis.
Alors j'ai répondu que promesse il n'y avait pas, mais que je le remerciais de la tendresse bienveillante qu’il m’avait montré et que lien il y aurait toujours entre nous, que, cependant, l'heure n'était pas aux réjouissances, que nous étions en un temps d'afflictions, mais que son soutien m'étais nécessaire, que je comptais qu'il m'accompagnerait, et puis j'ai fait signe au garçon et l'ai chargé d'organiser notre départ et mon entrée dans la capitale du duché.

une participation (obtination stupide de ma part de persister à croire que je pourrai raconter - au milieu de textes de bonne teneur et plaisants, ce truc que je voulais un rien cruel n'a eu que trois jugements, deux pour lui trouver la joliesse des choses passées, un pour avouer qu'il était incompréhensible ce qui est pire parce que réellement involontaire) aux impromptus littéraires http://www.impromptuslitteraires.fr/dotclear/ dont le sujet était : "... nous vous proposons de revisiter "L'étranger" d'Albert Camus. Ecrivez un texte, en prose ou en vers, démarrant par le célèbre incipit de ce roman : "Aujourd'hui maman est morte"avec la possibilité de remplacer maman par le personnage de votre choix. (Exemple : "Aujourd'hui le prince Isidore est mort)" - le non respect de la référence à l'Etranger étant général. - et en effet, en me relisant... bel exemple d'amphigouri ?.... mais, bah...
mais pour que ce lundi soit un joli jour, le ciel avait décidé de démentir les prévisions pessimistes de la météo.

lundi, décembre 01, 2008

quand Avignon rentre dans ses murs, pour une foire de Saint André sans trop de gaieté, ou très contenue
quand je fuis désespérément la tentation d'une sieste immensément étirée, et que j'ai rêvé en lisant "marché aux chevaux", mais ils n'étaient plus là - n'avaient laissé que deux tendres petits - quand les beignets, les barbes à papa et les écharpes semblent être les seuls achats et que les vendeurs plaisantent pour arrêter le client, s'occuper, se réchauffer
quand la ville s'offre une pause dans la descente humide et froide vers le creux de l'année, et que je regagne mon îlot pour n'être capable que de sentir le temps couler
et puis, dans la nuit descendue, une plongée en exploration dans les explorations de "la main du singe" http://lamaindesinge.blogspot.com/ et dans les quelques interventions du maître des lieux,

dimanche, novembre 30, 2008


Samedi en pluie et en musique - pluie de belle ampleur et force - musique pour moi. Et une photo vagabonde, qui s'est évadée de la fin du trop long billet. un peu avant la fin d'après-midi sous des trombes d'eau et dans une nuit de plus en plus précoce, départ pour un "aper'musique" sous le signe du baroque, dans l'amphithéâtre Mozart du Conservatoire (petite curiosité de voir l'aménagement intérieur) avec une musique à mon goût Boismortier, Michel Blavet (découverte), Jean-Marie Leclair, Purcell, Telemann, Haendel; Jean Sébastien Bach, Locatelli,Vivaldi et trois "brunettes" (là aussi découverte, des chants de bergers et bergères de convention), interprétée par les professeurs et des élèves.

une très jolie salle, fort mal photographiée, encombrée que j'étais par ma pelure, intimidée que j'étais par la rencontre d'un blogueur-cameraman-heureux père d'un fort bon (très sincèrement) joueur de basson, aussi grand et svelte que son instrument. J'espère que des moments du concert apparaîtront sur http://avignon.midiblogs.com/ (ce samedi soir c'est une photo de la manifestation en souvenir du drame, la mort d'un enfant dans un incendie, qui secoue les avignonnais)
En notre bonne ville sont beaucoup de charmantes jeunes femmes et très jeunes filles, charmantes et musiciennes, et tout de même quelques garçons.
Une ambiance chaleureuse et attentive, un très bon niveau (à quelques rares exceptions), la combinaison du travail et de l'élan de la jeunesse, des tracs surmontés, un début d'assurance. Un bonheur.


malheureusement carcasse m'a chassée quelques minutes avant la fin et l'apéritif offert par les vignerons de Terra Ventoux - quelques échanges, quelques sourires et m'en suis allée sous mon parapluie, en souvenir de la pluie qui n'était plus.

me suis réveillée en arrivant place de l'horloge, l'ai fermé, posé pour prendre une photo et oublié. Découverte en arrivant et en regardant le tas de courrier d'un gentil cadeau, des poèmes à découvrir, des recettes versifiées et "aillées" dont j'avais eu un aperçu sur
http://lantifadas.midiblogs.com/ (mais la veine semble tarie en ce moment). Fait brûler mes patates en notant ceci, et en cherchant un vieux parapluie de réserve, et suis
repartie à presque grand pas vers Saint Pierre, pour un superbe concert (et en passant place de l’horloge retrouvé mon parapluie qui, misérablement, m’attendait sous un arbre)



concert en l’honneur de Messiaen avec l’OLRAP, une harpiste Elodie Adler, une pianiste Véronique Muzy, un ondiste (Martenot) Claude-Samuel Lévine, et la Maîtrise Gabriel Fauré de Marseille. Une église pleine. Un public attentif et élégant (je me sentais minable avec ma pelure rouge prise sans réfléchir)

En petite entorse chronologique, le concert débutait par les danses pour harpe et orchestre de Debussy, que je ne connaissais pas. Lentes volutes sur petites perles égrenées par la harpe,montée s’amplifiant. Jonathan Schiffman qui dirigeait à grands gestes l’orchestre que les crânes me cachaient semblait se préparer à un envol.

Tonnerre des roues du piano, quelques violons se déplacent, j’entraperçois le dos nu de la pianiste et puis la construction et le charme du concerto pour piano en ré mineur de Mozart. Les torrents de l’attaque, le dialogue etc... ce concerto qui me donne toujours envie de danser sur mon siège, et je ne sais si c’est moi qui était réceptive ou l’orchestre en état de grâce, nous avons eu droit à une exécution de rêve.

Une très longue pause, conversations, déplacements - je m’installe debout au fond - l’orchestre reprend place et les dames de la Maîtrise en vestes bleu-vert un rien trop brillantes s’installent comme un rideau derrière les instrumentistes, pour les trois petites liturgies de la Présence Divine de Messiaen, qui a emporté toutes les réserves que j’ai parfois devant sa musique. Une somptuosité.
L’"antienne de la conversation intérieure" - le piano en petites touches claires sur le chant étiré, le martèlement du canon central sur les plus beaux vers «...Mélodie rouge et mauve en louange du Père,/ D’un baiser votre main dépasse le tableau,/ Paysage divin, renverse toi dans l’eau.... »
La complexité, les diaprures, la richesse de la longue « séquence du Verbe, cantique divin »,les ruptures du chant, les percussions et l'onde Martenot qui domine par moments.
Les alternances de longs passages calmes et de périodes plus fortes, rapides, mêlées de la "Palmodie de l'Ubiquité par amour" jusqu'à "Et gardez le silence dans votre Amour,/ Enfonce votre image dans la durée de nos jours". (si j'en crois le livret, parce que la compréhension du texte est parfois aléatoire).